Cadou : « Amitié à Jean Jégoudez ! »

Aimer sans compter, sans marchander, sans chipoter. Une volonté de vaincre des mouvements de répulsion est nécessaire à l’accomplissement de cet idéal. Aimer ne va pas sans cette fertile difficulté dont parle Cadou au début de son hymne à Jean Jégoudez, l’ami peintre venu lui rendre visite à Louisfert un jour d’hiver rigoureux :

Si vous m’aimez Oh ! que ce soit difficilement
Comme on aborde un pays disgracié !
Je ne révèle ma tendresse
Que par les épines des haies

Amitié à Jean Jégoudez !
Il n’a pas craint de venir chez moi
À travers champs à travers bois
Par un matin jonché de neige.¹

Dessin

L’histoire est vraie ; Jean Jégoudez l’a authentifiée : « L’autocar me laissa en plein forêt. Il y avait environ cinq kilomètres jusqu’au village. Personne, absolument personne dans la « Forêt pavée ». Pas une maison, pas un bruit, cinq kilomètres à pied, la neige […]. Je me surprenais à me retourner, bien étonné de ne pas voir surgir derrière moi un cortège de nains ou quelque fée carabosse. Pas une âme jusqu’à la porte de Cadou, porte rude en bois pauvre ». Le poète s’est emparé de l’anecdote pour lui donner une portée symbolique. L’amour, ici l’amitié, …²

Christian Moncelet, extrait de René Guy Cadou. Les Liens de ce monde, Éditions Champ Vallon, 1983

Notes :
¹Tiré de « Le cœur définitif » dans Poésie, la vie entière, Éditions Seghers, 1976
²Il manque la suite du texte

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