A propos de l’école de Rochefort

L’école de Rochefort

Fondée en 1941 par Jean Bouhier et Pierre Penon, elle est considérée aujourd’hui comme l’un des principaux mouvements de la poésie française au XXe siècle. Plus qu’une école, il s’agit d’un cercle de poètes qui partagèrent ensemble, pendant la guerre et dans son prolongement, une riche et amicale correspondance amenant un ensemble de publications au départ clandestines sur la période 1941-1963. Comme l’a écrit Jean Bouhier, « les poètes de Rochefort voulaient dire leurs poèmes à la face du monde, les mêler aux rythmes de la nature, au bruit des arbres, de l’eau, les mêler à la vie. »

Les poètes

Aux côtés de ces deux fondateurs se forment un groupe qui s’élargira au fil des années dont notamment René Guy Cadou, Jean Rousselot, Marcel Béalu, Michell Manoll, Luc Bérimont, Guillevic, Edmond Humeau, Maurice Fombeure et même des peintres comme Roger Toulouse et Jean Jégoudez. Les cahiers de l’école de Rochefort publieront ainsi plus d’une centaine d’auteurs français et étrangers. Ces membres reconnaissent les influences des poètes Max Jacob et Pierre Reverdy qui sont en quelques sortes des figures tutélaires.

Contexte

Cette école est créée en pleine occupation allemande, elle apparaît en réaction à la poésie nationale et traditionnelle prônée par le gouvernement de Vichy. Les poètes étaient souvent dans l’obligation de publier depuis la province. Dans les villages les restrictions étaient moins importantes que dans les grandes agglomérations. Cela a sans doute joué dans l’émergence de ce mouvement, ici à Rochefort-sur-Loire, où l’occupant restait cependant présent. Jean Bouhier s’adresse à des imprimeurs discrets et utilise un seul et unique numéro de censure pour l’ensemble de ses publications ce qui lui permet de passer entre les mailles du filet.

Pourquoi Rochefort-sur-Loire

Une partie seulement des poètes publiés dans les cahiers est réellement passée sur la commune. Rares sont ceux qui y ont vécu à proprement parler. Pourtant ceux qui y ont habité comme Jean Bouhier, Pierre Penon ou encore Luc Bérimont, ou qui les y rejoignirent dans le cadre de rendez-vous fraternels tels René Guy Cadou et Roger Toulouse, nous ont laissé un beau corpus de textes et d’anecdotes sur Rochefort-sur-Loire, ses habitants et son environnement. Plus que Rochefort-sur-Loire, au départ, c’est l’amitié qui a constitué l’école, mais l’environnement dans lequel s’est exprimée cette amitié n’y était sans doute pas étranger comme le décrit Jean Bouhier :
« Certains jours, le grenier devenait une salle de réflexion, où Cadou, Manoll, Bérimont écrivaient leurs poèmes, tandis que Jean Jégoudez remplissait des cahiers de croquis. Souvent l’odeur de la campagne faisait fermer les cahiers, le soleil mûrissait les raisins et nous guidait vers les celliers. C’était la promenade, à pied, bien sûr, par Saint-Aubin-de-Luigné et l’auberge de Marie-Cécile, par Chaudefonds et la Haie Longue »¹

Place Sainte-Croix

C’est bien ici qu’elle est née, au pied de ce monumental clocher dont l’histoire interroge encore aujourd’hui, dans cette pharmacie à l’époque tenue par Colette, pharmacienne et compagne de Jean Bouhier. Ils tenaient ici table ouverte pour les poètes et artistes. Avec son ami, le peintre Pierre Penon, ils fondent une « école », à la manière de celles des peintres du XIXe mais sans règle stricte, posant simplement une orientation sur le rôle de la poésie, dans une démarche de liberté individuelle, humaniste et proche de la nature.

Piéguë

Le site de Piéguë est désormais attaché à la personnalité de Luc Bérimont, poète et résistant, qui y trouva un paradis des poètes : « C’est dans une maison de métayer, perdue en pleine campagne et que j’avais rouverte, dans l’entourage des meules, des lièvres, des vipères et des ramiers que j’ai pour la première fois cherché à dire la vie, avec ses reptations, ses éclatements, ses silences dans les poèmes de la Huche à pain… ». Le contexte historique a sans doute joué fortement dans son installation temporaire à Rochefort-sur-Loire. Luc Bérimont vient s’isoler dans une vallée atypique et reculée, à l’écart du bourg, avec sa compagne d’origine juive. Leur présence est connue des habitants et des poètes, ils ne seront jamais inquiétés.

Les cahiers de l’école

Les premiers Cahiers de l’école de Rochefort paraissent entre le 15 mai et le 1er septembre 1941. Les deux numéros d’introduction portent à leurs dos chacun un manifeste. L’un est un « appel à l’enthousiasme », à la jeunesse et à la « vie », le second de René Guy Cadou, précise que « l’Ecole de Rochefort » est d’avantage une cour de récréation. De ces appels naîtront de vifs échanges épistolaires avec certains des poètes les plus influents de l’époque.

L’après guerre

Après la guerre, les poètes Bouhier, Manoll, Bérimont et Rousselot se retrouvent à Paris et relancent, malgré les difficultés d’approvisionnement en papier, la parution de quelques cahiers. Cadou reste dans la région, à Louisfert, où il est instituteur. Son décès en 1951 rassemblera les poètes autour de la publication de poèmes inédits. Ils se retrouvent alors chaque mercredi au restaurant la Coupole à Paris, jusqu’en 1960, année du retrait de Jean Bouhier.

La reconnaissance

• Dès sa création, l’école suscite l’intérêt de bon nombre de poètes et ses membres reçoivent de nombreuses propositions de textes et de courriers.
• En 1983 un colloque organisé par l’université d’Angers intitulé L’école de Rochefort, « particularisme et exemplarité d’un mouvement poétique (1941-1963) permettra de mieux cerner l’influence de l’école de Rochefort et son histoire. S’en suivront un nouveau colloque, de nombreux travaux de recherches et un réel intérêt universitaire.
• En 1991, au quarantième anniversaire de la mort de René-Guy Cadou et au cinquantième de la création de l’école, un événement fédérateur ranime l’intérêt de Rochefort pour la poésie. Un centre poétique municipal est ouvert avec le soutien de la DRAC. La municipalité de l’époque réalise la richesse du patrimoine qu’elle possède. Un fond de poésie contemporaine de plus de 2500 ouvrages y est rassemblé. La ville accueille alors une année sur deux des poètes en résidence.
• A partir de 1998, un marché de la poésie est organisé à Rochefort-sur-Loire. Ce marché comptera 19 éditions, avant de s’arrêter après l’édition de 2017.
• En 2012, ces actions permettront à la commune d’obtenir le label « village en poésie » par le printemps des poètes.

Et aujourd’hui ?

• La manifestation Une île en poésie portée par l’association Traumfabrik sous l’impulsion de Jane et Francis Krembel a repris la dynamique des marchés des éditeurs à Béhuard depuis 2018.
• Les éditions du Petit Véhicule, tenu par l’éditeur et poète Luc Vidal, publie « Les Cahiers des poètes de l’École de Rochefort », fruit de plus de trente ans de travail, d’attentions et de rencontres.
• Des événements poétiques se tiennent toujours sur le territoire, ils sont proposés par les associations Poésie Cause Toujours et Traumfabrik, « les souffleurs de vers », des artistes, le centre poétique et la municipalité de Rochefort-sur-Loire.

Notes et remerciements

Le panneau tel qu’il a été réalisé par la corbata rosa et présenté à la maison de la vallée de Rochefort-sur-Loire en 2021 dans le cadre de l’exposition commune de la corbata rosa, l’APEC et la mairie de Rochefort-sur-Loire intitulée « Rochefort-sur-Loire un patrimoine à révéler » :

>> Rochefort-sur-Loire, panneau un Village en Poésie

Remerciements à la corbata rosa pour l’aimable partage de cet article.
Textes et recherches de François-Victor Brunet & Léa Verron pour la corbata rosa.
Site : www.lacorbatarosa.com

Note :
¹ L’école de Rochefort, « Particularisme et exemplarité d’un mouvement poétique  (1941-1963) », Actes de Colloques d’Angers (du 8 au 10 Décembre 1983). Presse Universitaire d’Angers, 1984.p.189

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